Trésor de la cathédrale St André de Bordeaux

Classée au titre des monument historiques en 1862 et inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1998, la cathédrale Saint-André, édifiée entre le 12e et le 14e siècles, fait partie des plus importants ensembles monumentaux de la ville de Bordeaux.

Parmi les travaux de conservation et de mise en valeur entrepris par l'Etat et le Ministère de la Culture depuis une vingtaine d'année, figurait le nouvel aménagement de la collection Marcadé dans l'ancienne sacristie. 
Au cours des siècles, le clergé a constitué des trésors dans les édifices religieux en rassemblant des oeuvres d'art liturgique qui lui sont confisquées lors de la Révolution. Les cathédrales sont ainsi dépouillées de la quasi-totalité de leurs biens, en particulier de leurs pièces d'orfèvrerie. 
Barthélémy Marcadé (1866-1951) est un bordelais amateur d'art qui fait sa carrière ecclésiastique à Paris. 
"Bienfaiteur pour de nombreuses causes, il achète, pendant une cinquantaine d'années, à des antiquaires parisiens tableaux, statues, objets, vêtements liturgiques, enluminures datant des XIVe, XVe, XVIe et XVIIe siècles. A sa retraite, en 1947, il se retire dans sa région d'origine et fait don de la collection à l'Etat, qui la présente la même année à la cathédrale Saint André dans l'ancienne sacristie construite au XIXe siècle. Pour des raisons de sécurité et de conditions de conservation des oeuvres, cette salle est fermée aux visiteurs en 1969". (Source : Renaissance des cités d'Europe, 24 février 2015)

Présenter à nouveau la collection Marcadé "permet de rendre hommage au chanoine [...] qui durant son sacerdoce parisien constitua une importante collection [...] afin, disait-il, « d'attirer l'attention de ses paroissiens ». Restée longtemps inaccessible, elle est donc désormais visible par le public, après de minutieuses restaurations et selon une présentation pertinente." (Source : DRAC Aquitaine)

Deux espaces se succèdent dans ce lieu aux contraintes architecturales évidentes mais maîtrisées. 
Tout d’abord un vestibule exposant quelques oeuvres de faussaires, dont la qualité a eu raison des connaissances artistiques du chanoine. 
Trois oeuvres peintes issues de la production du "faussaire pathétique", surnommé ainsi en raison de sa dextérité technique mais de son incapacité à s'extraire des influences de son temps (début XXe s.). Photo : S.Giuliato


Cet espace expose également, derrière des vitrines, des objets du culte (vêtement liturgique, crosse en ivoire sculpté, etc) ainsi qu'un manuscrit enluminé. Leur présentation devrait alterner avec d'autres objets de la collection. 

La seconde salle est plus vaste et offre un bel espace de déambulation. Les cartels sont succincts, les oeuvres disposées selon leur style (Ecole espagnole, Italie., etc), et les contraintes architecturales (frontières spatiales imposées par les colonnes, hauteurs d'exposition, etc) rappellent que ce lieu n'est pas un espace muséal classique mais se veut plutôt à mi-chemin entre un musée et un trésor. 

Esapce d'exposition de la seconde salle. Photo : S.Giuliato

La conservation et la protection des oeuvres montrent la considération apportée à cet ensemble, qui reste vivant puisque les objets liturgiques propres à la cathédrale sortent de cette salle lors des célébrations du culte. 

Le trésor mérite amplement une visite guidée (gratuite dans le cadre des Balades urbaines organisées par la ville de Bordeaux) qui permet de comprendre les enjeux de la restauration et les subtilités des oeuvres présentées.   
Peinture de Saint Sébastien. Photo : S.Giuliato
Thème de la présentation de Marie, où le peintre s'est inspiré de la Présentation de la Vierge au Temple de Giotto. Photo : S.Giuliato
Détail d'une Vierge à l'enfant, attribuée à Jean Gossart dit Mabuse (1478-1532), école flamande (Anvers). Photo : S.Giuliato
Le martyre de Saint André, le saint patron de la cathédrale. Les couleurs ont fait l'objet d'une restauration selon les teintes d'origine. Photo : S.Giuliato.

"Les miracles de Chalons" est un tableau d'un intérêt tout particulier. Il est une sorte d'ex-voto en l'honneur d'une soeur carmélite qui aurait prodigué des soins miraculeux. Au premier plan se déroulent divers soins, alors qu'au second plan des personnes sont rassemblées et qu'au loin, derrière l'arcade, se profilerait la silhouette de l'ancien hôpital de Chalons. 
Une inscription au bas de l'oeuvre fournit des explications, que je vous retranscris ci-dessous avec quelques modifications orthographiques : 
"Tableau fait à Chalons 
auquel se sont réunies une partie des personnes 
qui ont été guéries en ce lieu là de diverses maladies 
par l'intercession de la soeur Serafim des Joseph, carmélite, 
lesquelles se sont faites tirer au naturel et ont désiré être réunies 
comme souvenir reconnaissant de la santé désirée et obtenue" .

Cet hommage en faveur des miracles de la soeur Serafim ouvre une porte vivante sur cette tranche d'histoire qui a réuni des malades en quête de soin et une femme dont la bonne volonté et les dons particuliers ont conduit à cet élan de reconnaissance collective. 
Les miracles de Chalons. Photo : S.Giuliato
 
La présentation de la collection continue d'évoluer. Un Christ en croix, en bois et de taille quasi réelle, est en cours de restauration pour un prochain accrochage en hauteur. 

Le Trésor de la cathédrale est ouvert en visite libre (2 euros l'entrée) les mercredi, samedi et dimanche après-midis. Vous y trouverez toutes les indications (auteur, date, etc) sur les oeuvres que je n'ai pu préciser dans ce post.

Bonne découverte !


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